Luxembourg : adoption pour les couples homosexuels

Publié le par AllianceetFécondité

L'Ombuds-Comité fir d'Rechter vum Kand (ORK) défend les droits des enfants au Grand-Duché. Mariage, adoption, divorce sont autant de thèmes dont l'organisation suit l'évolution.

 

Marie-Anne Rodesch est présidente de l'ORK depuis le 1er janvier 2003. Elle effectue actuellement son second et dernier mandat de présidente, chaque mandat durant cinq ans. Assistante sociale de formation, elle était la présidente de la fondation Maison de la porte ouverte pendant dixans, gérant onze foyers d'accueil (mères et enfants, adolescents, immigrés).

 

Vous avez pris le parti de défendre la question de l'adoption par les couples homosexuels. N'est-ce pas plus symbolique qu'autre chose?
Nous avons critiqué le fait que les adoptions par les couples homosexuels sont des cas d'exception. Les couples de même sexe, si la loi est votée telle qu'elle a été proposée, pourraient faire une adoption plénière d'un enfant né au Luxembourg. Car il faut bien se rendre compte que concernant les adoptions à l'étranger, les pays d'origine avec lesquels le Luxembourg a des accords n'acceptent pas l'homoparentalité. Dans certain pays, l'homosexualité est toujours considérée comme une maladie mentale ou même pénalisée et ils n'accepteraient de toute façon pas ça.


Les couples homosexuels désirant adopter ne peuvent alors compter que sur des enfants nés au Grand-Duché?
Au Luxembourg, on compte deux à cinq accouchements anonymes par an en moyenne. On a pour l'instant une liste de 120 couples qui attendent un enfant au Luxembourg. Si un couple homosexuel désire adopter un enfant, il sera tout simplement 121e de cette liste. La chance d'avoir un enfant sera alors minime...

 

La convention internationale des droits de l'enfant ne s'oppose donc pas à l'adoption par les couples de même sexe?
Je peux très bien m'imaginer qu'un couple homosexuel peut donner beaucoup d'affection à l'enfant adopté et répondre aux questions qu'il se posera forcément sur deux papas ou deux mamans. Il faut leur éviter des remarques faites en classe, par exemple. Les enfants sont parfois très durs entre eux.
Il existe déjà au Luxembourg des enfants qui vivent dans des familles avec un couple parental homosexuel. Souvent, il s'agit d'un couple marié où l'un des parents quitte l'autre pour quelqu'un de même sexe. Si la loi permet à ce nouveau couple de se marier, l'enquête sociale jouera son rôle dans le processus d'adoption, elle est vraiment très importante.

 

Les couples homosexuels devraient donc faire l'objet d'une enquête sociale plus approfondie, plus poussée que les autres?
Non, il faut que l'enquête sociale fasse simplement la distinction entre les adoptions nationales et internationales, simples et plénières. Le ministre voulait à un moment abolir l'adoption simple, mais nous voulons la maintenir. Tout simplement car lorsqu'un enfant perd, par exemple, l'un de ses deux parents quand il est très jeune, il peut être élevé par le nouveau conjoint de son parent survivant. Il tisse alors des liens forts avec cette personne. L'adoption simple permet de créer ce lien avec ce nouveau parent sans pour autant nier son origine avec son parent décédé et donc sa famille, par exemple, les grands-parents. C'est dans ces situations que nous préconisons l'adoption simple. Elle est d'ailleurs possible pour les personnes seules.


C'est d'ailleurs souvent par ce biais que les personnes homosexuelles se lancent dans l'aventure de l'adoption...
Le problème c'est que c'est seulement l'un des deux partenaires qui procède à l'adoption simple. En cas de décès ou de séparation, l'autre partenaire n'a donc droit à rien en ce qui concerne l'enfant alors que le lien affectif a été créé.


Une réforme de la loi pourrait donc pallier cette hypocrisie de l'adoption par les personnes seules?
Oui, mais il faut réaliser qu'il n'y a pas beaucoup de couples homosexuels qui vont vouloir adopter un enfant, mais plutôt des enfants qui sont déjà élevés dans des familles où l'un des deux parents a changé d'orientation sexuelle. Les pédopsychiatres restent d'avis que les enfants doivent avoir l'image d'un papa et d'une maman.
Mais la société a tellement évolué, il y a tellement de familles recomposées que l'essentiel reste de préserver le bien-être de l'enfant.

 

http://www.lequotidien.lu/

Publié dans Adoption

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