Jeudi 20 septembre 2007
La Presse

En 1988, le film québécois Portion d'éternité se penchait sur les côtés sombres des bébés-éprouvettes. Marc Messier et Danielle Proulx incarnaient un couple incapable de concevoir, qui réalisait avec horreur que le traitement de fertilité avait trop bien fonctionné: le couple attendait des sextuplés.

Atterrés devant la difficile décision - faut-il éliminer certains des embryons - ils mouraient dans un accident de voiture en revenant de la clinique.

Hier, au congrès de la Société internationale pour la fertilisation en éprouvette, à l'hôtel Reine-Élisabeth, une psychologue américaine a confirmé la prémisse du film: la «réduction d'embryons», l'élimination des certains des embryons implantés en clinique, comporte des conséquences psychologiques graves. La dépression peut durer jusqu'à deux ans après la naissance des embryons survivants.

Deuil nécessaire

«Il n'existe aucun mécanisme social ou religieux pour marquer la perte d'une embryon», explique Elizabeth Grill, qui enseigne à l'Université Cornell et travaille au Centre de médecine reproductive et d'infertilité de New York. «Les parents sont seuls au monde avec leur perte, leur sentiment de culpabilité. Leur entourage comprend rarement leur douleur, parce qu'ils vont avoir un bébé. Ce sont des sentiments complexes, qui sont compliqués par l'opprobre qui entoure souvent l'avortement.»

La réduction d'embryons est nécessaire parce qu'implanter deux ou trois embryons augmente les chances de succès d'une clinique. «Il y a une tendance mondiale, particulièrement en Scandinavie, vers l'implantation d'un seul embryon, dit Mme Grill. Mais dans les pays où la fécondation en éprouvette n'est pas financée par l'État, comme les États-Unis ou le Canada, les couples n'ont souvent pas les moyens de faire plusieurs traitements. Il faut que ça fonctionne du premier coup. Le problème, c'est que cette approche engendre davantage de jumeaux et de triplés, qui ont souvent plus de problèmes de santé à la naissance et dans les premières années de leur vie. Ce sont des coûts supplémentaires pour l'État au Canada et les assurances privées aux États-Unis.»

Autre problème: la compétition des tarifs entre cliniques de fertilité amène souvent ces dernières à rendre la visite psychologique optionnelle. «Il est très important de bien expliquer les conséquences médicales et psychologiques de l'implantation de deux ou trois embryons, dit Mme Grill. Si une femme est contre l'avortement, il faut qu'elle comprenne que les risques de fausses couches ou de bébés mort-nés sont plus élevés si elle a des jumeaux ou des triplés. Et après une réduction d'embryons, il est important de faire du counselling parce que les parents sont très souvent seuls avec leur peine.»

Même si les jumeaux et les triplés sont en santé, la pression sur les parents est souvent néfaste pour les enfants. «Les capacités parentales en souffrent presque toujours. Même les meilleurs parents ont moins d'énergie et de temps s'ils doivent s'occuper de plusieurs bébés en même temps.»

http://www.cyberpresse.ca/article/20070918/CPACTUEL/709180431/6685/CPACTUEL

par Webmaster publié dans : Fécondation In Vitro et PMA
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